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Rigueur, mental et visualisation : les clés du dépassement selon Stéphanie Gicquel

Stéphanie Gicquel B&W





“La seule limite à nos objectifs est celle que nous leur donnons. Le reste n’est qu’une excuse. Une peur peut-être.”

Pour le commun des mortels, les exploits et aventures qu’elle vit dépassent l’entendement. Sportive de l’extrême, passionnée de sport aventure, ultra-traileuse, Stéphanie Gicquel fait de ses expériences initiatiques des odes au vivant. Ancienne avocate, auteure et coach en entreprise et au sein de réseaux entrepreneuriaux, elle revient ici notamment sur ses 2045 kilomètres de traversée époustouflante de l’Antarctique. Rencontre avec l’aventurière pour qui rien n’est insurmontable.

Qu’est-ce qui vous meut plus que tout ?

L’aventure. On naît tous aventuriers. C’est un peu mon mantra, j’y crois beaucoup. Chaque personne peut m’inspirer, je n’ai pas d'idole et je suis très curieuse. Nombreux sont ceux qui réalisent des choses incroyables et ne s’en rendent pas forcément compte (que ce soit un parcours de sportif, entrepreneurial, associatif ou bien personnel). En avoir conscience nécessite de prendre du recul, du temps, d’être dans la réflexion et non dans l’action, chose peu aisée dans nos quotidiens occidentaux.

Oui, et c’est souvent ce qui est contradictoire par rapport à nos vies, rythmées, rapides.

Oui, il est toujours possible de répondre encore plus vite, de travailler encore plus vite. Pourtant, il faut toujours autant de temps qu’avant pour atteindre ses objectifs. On le voit dans le sport : le corps peut s’adapter, mais il faut le façonner. Rien ne se fait du jour au lendemain.

Comment travaillez-vous la confiance en vous ?

La confiance en soi n’est pas innée, elle s’acquiert avec le temps, à force de vivre des expériences en atteignant des objectifs hors de sa zone de confort. Aujourd’hui, quand je suis en difficulté en sport de haut niveau, je pense à ce que j’ai fait quand j’ai traversé l'Antarctique. Cela me donne de la force et de la confiance pour continuer. Je rencontre de nombreux moments de doute, cela fait partie de l’aventure. On peut avoir confiance en sa capacité d’atteindre un objectif malgré les doutes sur le chemin pour l’atteindre (timing, etc.). Ce n’est pas du tout contradictoire selon moi. En fait, il faut anticiper les risques. Cela permet de mieux se préparer et de rester humble.

La visualisation est-elle une condition sine qua non à la réussite ?

Le mental est capital. Il est pour moi impossible qu’un athlète atteigne un podium sans l’avoir imaginé, visualisé, rêvé. Si tel est le cas, alors le défi n’était pas assez élevé ou le potentiel physique bien supérieur au challenge fixé.
En Antarctique, je marchais entre 8h et 16h par jour. J’ai traversé des zones compliquées, avec des crevasses, un brouillard blanc. Je n’avais parfois pas de repère. Sous -50OC. La visualisation est clé. La visualisation positive d’abord, où l’on se voit atteindre l’objectif. Et puis la visualisation des obstacles, comme les douleurs, la pluie, les contractures, les maux de ventre, ce qui permet de mieux les accepter quand on les vit. On ne peut rien faire face à la pluie. Il faut l’accepter. Cette technique permet d’améliorer la confiance et la détermination, afin de refuser que les obstacles l’emportent. Renoncer à la difficulté est une perte de temps et de focus sur l’objectif.
J’ai traversé l’Antarctique sur 2045 kilomètres en 74 jours, à ski de randonnée. J’ai eu peur. Peur que la température descende sous les -50OC, mon équipement était léger. J’ai eu peur car le froid tétanise et il n’est pas envisageable de rester sédentaire. J’ai eu peur quand j’ai manqué de nourriture, peur de l’arrivée de vents catabatiques qui peuvent atteindre les 320 km/h. Je ne les ai pas vécus, j’ai eu 80-90 km/h, ce qui est la limite pour continuer de marcher. Les courtes pauses, pour s’alimenter ou s’hydrater, prennent forcément plus de temps. À peine le temps de fermer mon équipement qu’il fallait déjà repartir pour générer de la chaleur dans le corps ! Malgré la part d’aléas, le travail de visualisation aide à anticiper les risques et les détails.

L'aventurier recherche-t-il le risque ?

Non, l'aventurier n’est pas passionné par le risque. On croit qu’il aime le risque, mais il aime surtout ce qu’il fait, son sport et les paysages. En Antarctique, nous étions trois. Les expéditions se déroulent souvent entre deux à six personnes. J’aime bien trop le contact humain pour être seule sur ce type d’aventure. Et puis, il ne faut pas oublier que nous avons tout de même l’objectif de vivre ! Quand les objectifs sont extrêmement élevés, que l'expédition est particulièrement engagée, il semble plus pertinent de constituer une équipe pour pouvoir les atteindre.

Vous qui avez aussi aujourd’hui un rôle de coach, quelles sont les billes qui permettent d’atteindre ses objectifs, ses rêves ?

J’interviens régulièrement en entreprise comme rôle de conseil, devant des collaborateurs ou clients, ou lors de salons et certains événements grand public. J’évoque les ressources que j’ai pu mettre en œuvre pour atteindre mes objectifs, notamment dans le domaine sportif. La première chose, c’est la passion, l’envie. C’est fondamental. Ensuite, la force du travail grâce au sens de l’effort. Trop souvent, on met en avant les résultats. Mais qu’en est-il du chemin, des efforts, de la discipline ? Le sens de la rigueur imposera l’organisation d’un agenda. Il faut une vision sur le long terme, ce qui suppose d’être à l'aise avec la notion du temps qui passe. Et ne surtout pas chercher à atteindre un objectif du jour au lendemain. Nous en avons d’autant plus conscience depuis 2020.

Pour quelles associations donnez-vous de votre temps ?

Il y a 2 ans, j’ai couru 7 marathons en 7 jours consécutifs. J’en ai profité pour communiquer et essayer de lever des fonds pour l’association Petits Princes, fondée il y a 30 ans, qui réalise les rêves d’enfants malades. Il m’arrive d’intervenir dans des écoles pour parler de l’Antarctique afin qu’elles-mêmes lèvent des fonds pour l’association. Quand je collabore avec des marques éco-responsables, je mets en avant des vêtements que j’utilise, pertinents pour ma pratique et respectueux de l’environnement. Les fonds sont intégralement reversés à l’association.

Croyez-vous en un meilleur demain ?

Je suis optimiste mais j’ai bien conscience qu’il faudra du temps pour repenser nos systèmes de fonctionnement. L’ampleur de la tâche est immense. En tant qu’exploratrice, j’ai vu la nature vierge. L'Antarctique n’a aucune construction humaine, sauf au pôle Sud. Je fais deux constats. Le premier est positif. L'humanité a été capable de créer, grâce à son intelligence, son esprit collectif et la mise en commun de qualités, des inventions remarquables (monuments, technologies). Le second constat est plus négatif, lié au monde de la surconsommation et aux trop fortes densités de population. Je pense que l’espèce humaine est capable de réagir et s'adapter, surtout quand on ressent une urgence, une douleur, un inconfort et on l’a vu avec les confinements. Alors là, oui, dans ces moments d’instabilité, l’on est capable de faire preuve de résilience. Seulement, pour être capable de le voir, il faut le vouloir. Attendra-t-on d’être face à une réalité encore plus visible pour que les consciences évoluent profondément et fassent preuve de résilience ? Ne sera-t-il alors pas trop tard ? L’aventure écologique est la plus grande de toutes les aventures à laquelle l’humanité ait jamais fait face.

Alexandra Corsi Chopin

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