Religion du compromis, décroissance, Convention Citoyenne pour le Climat : on a passé 15 minutes avec Yann Arthus-Bertrand

Temps de lecture : 5 min / épisode 7, saison 1 – Vers une autre accélération

                   Yann Arthus-Bertrand
                 © Quentin Jumeaucourt

Il est l’un des apôtres de l’écologie humaniste. Photographe, journaliste reporter, réalisateur, Président Fondateur de la Fondation GoodPlanet, Yann Arthus-Bertrand est un écologiste engagé. En ce début d’été particulier et alors que GoodPlanet a récemment rouvert ses portes, BaseX l’interroge sur ses nouveaux objectifs en lien avec la Fondation et son travail de cinéaste. Dans la lignée de ses films témoignages (plus de 10 000 interviews récoltées à travers le monde), après 6 milliards d’Autres (2004), Human (2015), Woman (2020), il nous explique la démarche de son nouveau film Les 150, dans lequel il revêt le rôle de témoin qui lui est cher, autour d’un projet qui marquera probablement l’Histoire de notre pays et du combat climatique. Entretien.





 

BaseX : Bonjour Yann. La Fondation GoodPlanet (Domaine de Longchamp, Bois de Boulogne, Paris, ndlr), a rouvert le 13 juin. Quels sont vos grands projets du moment ? 

La campagne majeure du moment, c’est Urgence GoodPlanet qui vise à aider les ONG avec lesquelles nous travaillons à travers le monde. Ces ONG permettent d’améliorer les conditions de vie de plus de 72 000 personnes. Or, elles ont été lourdement impactées par les restrictions sanitaires liées au Covid-19. Nous avons pour objectif de récolter 65 000€ afin de permettre la continuité de nos projets de terrain dans les meilleures conditions sanitaires possibles.

Nous sommes aussi partenaires du programme Vacances apprenantes mis en place par le Ministère de l’Education nationale. Il accompagnera cet été les enfants qui ont été dé-scolarisés durant la période Covid. Dans ce cadre, GoodPlanet propose des supports pédagogiques sur le développement durable pour les structures qui accueillent la jeunesse (articles, vidéos, tutoriels d’ateliers, jeux, autour de thématiques comme énergie et climat, agriculture, zéro-déchet, biodiversité, culture du monde).

A la Fondation, les nombreuses entreprises qui vous soutiennent vous sollicitent-elles pour des conseils ? Etes-vous en lien régulier avec elles ? 

Il y a en effet tout un programme RSE à la fondation. Nous accompagnons certaines entreprises sur des sujets variés afin de limiter leur impact environnemental (émissions carbone, cycle de vie de produit, sourcing…). Mais vous savez, nous ne sommes pas dans le business pur et dur. Nous ne sommes pas des économistes. Ici, chacun décide selon ses convictions !

Vous travaillez actuellement sur plusieurs projets cinématographiques, notamment “Les 150”. Racontez-nous.

Il s’agit d’un film d’interviews sur les 150 citoyens qui ont été tirés au sort, représentatifs de la société française, dans le cadre de la Convention Citoyenne pour le Climat*. Je veux mettre en lumière celles et ceux qui ont pris le temps de réfléchir à des propositions concrètes pour notre avenir. La seule façon que cette initiative fonctionne, c’est que les débats ne restent pas au cœur des 150. C’est que ces débats aillent vers l’ensemble des français. Il faut rendre visible cette Convention.

Avec le rapport transmis au Président de la République, nous poursuivons un but majeur : inscrire le climat dans la Constitution. C’est un projet assez énorme, qui pourra aboutir sur un référendum, afin d’évoluer vers une dynamique de solidarité générationnelle. Avec le contexte, le film prendra sûrement un peu de retard. Mais je reste globalement assez positif. Emmanuel Macron a envie de faire bouger les choses. Je suis convaincu que cette convention citoyenne est un moment fondateur d’une nouvelle politique sur l’environnement.

Qu’est-ce qui vous intéresse particulièrement avec ce format de film / interviews ?

Voir évoluer ces citoyens, savoir ce qu’ils ont appris, ce qui les a marqués. Et puis, les remercier bien sûr. Comment leur prise de conscience est-elle arrivée ? Comment leurs familles ont-elle réagi ? Vous savez, les écolos ont tendance à oublier qu’il y a des personnes qui ne connaissent rien à l’écologie ! Ce style d’interviews apporte plus qu’un témoignage écrit. Certains étaient climato-sceptiques au début. Je suis certain que cette Convention citoyenne a un peu changé leur vie. J’aimerais qu’ils me le disent.

Ces citoyens auraient pu être nos voisins, nos amis, nous-mêmes. Cette convention citoyenne est-elle une première ?

Oui, tout à fait, c’est une grande première en France, notamment à l’initiative de Cyril Dion et du collectif Gilets Citoyens. On a quelques difficultés encore pour récolter les fonds pour le film, mais on va y arriver ! 

Revenons à l’entreprise. FinX vient de fêter ses 1 an. Comme vous le savez, nous nous attaquons à un gros marché. Pensez-vous que les start-ups comme nous peuvent changer les choses ?

Je ne saurais pas me prononcer. Toutes les bonnes initiatives sont nécessaires, on a besoin de tout le monde. Les jeunes générations sont bien conscientes que nous sommes à l’orée d’un nouveau monde, que le monde actuel est un monde un peu fini. Je constate une énergie très forte énergie chez les jeunes entrepreneurs qui veulent donner du sens à ce qu’ils font. C’est devenu une priorité absolue. Ils ont bien conscience qu’on ne peut plus aujourd’hui travailler uniquement pour gagner de l’argent. 

Croyez-vous en l’écologie politique ?

Je crois en l’écologie tout court. Chacun travaille dans sa zone d’influence. Mais je pense que nous sommes prisonniers de notre religion et de notre mythe de la croissance. Cette tyrannie revient aujourd’hui, avec l’angoisse du chômage. Mais oui, définitivement, il faut lutter contre la croissance telle qu’on la connaît aujourd’hui.

Nous vous demandons cela au regard de la sortie de gouvernement de Nicolas Hulot, en août 2018…

En effet, c’est un métier presque impossible. L’écologie devrait être un dénominateur commun à tous les partis, c’est évident. Si l’on n’est pas activiste, on s’en sort, à peu près. Mais si l’on est activiste, comment lutter par exemple contre le lobby des chasseurs ? Nicolas Hulot n’était sûrement pas fait pour ça, moi non plus je ne serais pas fait pour ça. C’est très difficile d’être dans le compromis en permanence. Etre ministre écolo, c’est un peu une religion du compromis. Je pense que Nicolas Hulot n’a tout simplement pas accepté.

Pensez-vous que la “décroissance” est une condition sine qua non à un meilleur demain ? 

Nous nous dirigeons -forcément- vers la décroissance. Donc autant l’accepter et la préparer. 

Pensez-vous qu’il manque aujourd’hui à l’humanité une figure universelle, phare, emblématique, tel un météor, qui vous inspire ? 

Greta Thunberg. Pour moi, c’est elle. Elle est incroyable. Si jeune, ayant créé un mouvement planétaire. J’admire aussi énormément les anonymes, tous ces volontaires qui travaillent pour Emmaüs, les Restos du Coeur, le Samu Social par exemple. Tous ceux qui s’engagent, partagent, aiment, sans rien dire à personne. 

« Chacun est responsable de la planète et doit la protéger à son échelle ».

Yann Arthus-Bertrand

* La Convention Citoyenne pour le Climat est née grâce à l’initiative de Cyril Dion et du Collectif Gilets Citoyens, au moment des grandes mobilisations (gilets jaunes, marches pour le climat Affaire du siècle). Objectif : proposer des mesures pour réduire d’au moins 40% les émissions des GES d’ici à 2030, dans une logique de justice sociale. Ce projet a permis à 150 personnes tirées au sort de représenter notre territoire, nos différences et notre diversité. Leurs travaux, encadrés par des scientifiques, économistes, prévisionnistes et activistes de l’environnement, ont donné lieu à un ensemble de propositions de projets de lois qui seront proposées à référendum ou à débat au Parlement.

Pour en savoir plus :

Urgence GoodPlanet

Fondation GoodPlanet

Campagne Ulule Les 150

Vacances apprenantes pour un million d’enfants

La team FinX,

hello@finxmotors.com

#BacktoBaseX

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